LES SEUILS DE SOFIA
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Les seuils de Sofia
Sur ce qui revient quand on n’a pas eu le temps de l’enterrer
Il y a des nuits où Sofia ne dort pas profondément.
La ville s’assoupis mais quelque chose en elle reste allumée — une veilleuse qu’on n’a jamais éteinte depuis 1989, qui continue de brûler dans les arrière-cours, dans les couloirs des immeubles staliniens reconvertis, dans les bureaux où les mêmes hommes, simplement vieillis, prennent encore les mêmes notes sur les mêmes personnes. Une ville qui n’a pas oublié parce qu’on ne lui a pas permis d’oublier — mais qu’on ne lui a pas non plus permis de se souvenir. Entre les deux, elle vit dans un état que la psychiatrie connaît bien : la dissociation. La conscience d’un côté, la trace de l’autre, et au milieu un voile fin qui empêche les deux de se rencontrer. C’est de ce voile qu’il faut parler aujourd’hui.
La ville s’assoupis mais quelque chose en elle reste allumée — une veilleuse qu’on n’a jamais éteinte depuis 1989, qui continue de brûler dans les arrière-cours, dans les couloirs des immeubles staliniens reconvertis, dans les bureaux où les mêmes hommes, simplement vieillis, prennent encore les mêmes notes sur les mêmes personnes. Une ville qui n’a pas oublié parce qu’on ne lui a pas permis d’oublier — mais qu’on ne lui a pas non plus permis de se souvenir. Entre les deux, elle vit dans un état que la psychiatrie connaît bien : la dissociation. La conscience d’un côté, la trace de l’autre, et au milieu un voile fin qui empêche les deux de se rencontrer. C’est de ce voile qu’il faut parler aujourd’hui.
Une élection vient d’avoir lieu. Un homme a gagné.
On dit qu’il est général, ce qui est vrai. On dit qu’il est anti-corruption, ce qui est commode. On dit qu’il regarde vers Moscou avec une bienveillance qu’on n’avait plus osé exprimer ouvertement depuis trente ans. Tout cela est exact, et tout cela ensemble ne dit rien de ce qui se passe vraiment – c’est qu’une société entière vient de voter pour ne plus avoir à choisir. Entre se souvenir et oublier, l’Est et l’Ouest, la mémoire et l’avenir, les morts et les vivants. Voter pour quelqu’un qui promet, sans le dire, que tout cela peut coexister sans douleur — c’est voter pour la fin d’un travail psychique qu’on n’a jamais commencé.
On dit qu’il est général, ce qui est vrai. On dit qu’il est anti-corruption, ce qui est commode. On dit qu’il regarde vers Moscou avec une bienveillance qu’on n’avait plus osé exprimer ouvertement depuis trente ans. Tout cela est exact, et tout cela ensemble ne dit rien de ce qui se passe vraiment – c’est qu’une société entière vient de voter pour ne plus avoir à choisir. Entre se souvenir et oublier, l’Est et l’Ouest, la mémoire et l’avenir, les morts et les vivants. Voter pour quelqu’un qui promet, sans le dire, que tout cela peut coexister sans douleur — c’est voter pour la fin d’un travail psychique qu’on n’a jamais commencé.L’inconscient collectif des sociétés post-totalitaires ressemble à un appartement dont on aurait simplement fermé une pièce à clé en jurant qu’elle n’existe pas. Pendant trente-cinq ans, on a vécu dans les autres pièces, on a repeint les murs, on a changé les meubles, on a accroché aux fenêtres les rideaux bleus de l’Union européenne. Mais la pièce fermée est toujours là.
Et la clé, on ne sait plus qui la garde — ou plutôt si, on le sait très bien, mais on préfère faire semblant de l’avoir perdue. Sándor Ferenczi, dans les années trente, écrivait sur un mécanisme étrange qu’il observait chez les enfants traumatisés : ils finissaient par ressembler à celui qui leur avait fait mal. Pas par perversion — par économie. Devenir ce que l’on craint, c’est ne plus avoir à le craindre. Faire siennes les manières du bourreau, c’est se loger à l’intérieur de lui, là où ses coups ne peuvent plus atteindre. Identification à l’agresseur, disait-il. Le mot est resté. On ne l’a jamais vraiment appliqué aux peuples. C’est dommage, parce qu’il décrit avec précision ce qui arrive à certaines sociétés quand elles n’ont pas pu juger leurs anciens maîtres. Elles finissent par les réélire, sous d’autres visages. Pas parce qu’elles les aiment — parce qu’elles n’ont plus assez d’énergie psychique pour les reconnaître. Reconnaître coûte, demande de soutenir l’idée que quelque chose de monstrueux a eu lieu et n’a pas été puni, d’admettre que les institutions qui devaient protéger n’ont pas protégé, que les archives qui devaient témoigner ont brûlé, que les noms qui devaient être prononcés ne le seront jamais. C’est trop. Le seuil d’activation nécessaire à cette reconnaissance dépasse ce que le corps social peut produire. Alors le corps social fait ce que fait n’importe quel organisme épuisé : il baisse le seuil. Il accepte ce qui se présente, vote pour celui qui promet de ne plus rien remuer. Sofia, donc. Et derrière elle, Bucarest peut-être, et Bratislava déjà, et d’autres villes qu’on n’a pas encore vues s’allumer. Une géographie de la fatigue. Une carte de l’Europe où les couleurs ne sont plus celles des alliances diplomatiques mais celles des seuils — bas, plus bas, dangereusement bas.
Et la clé, on ne sait plus qui la garde — ou plutôt si, on le sait très bien, mais on préfère faire semblant de l’avoir perdue. Sándor Ferenczi, dans les années trente, écrivait sur un mécanisme étrange qu’il observait chez les enfants traumatisés : ils finissaient par ressembler à celui qui leur avait fait mal. Pas par perversion — par économie. Devenir ce que l’on craint, c’est ne plus avoir à le craindre. Faire siennes les manières du bourreau, c’est se loger à l’intérieur de lui, là où ses coups ne peuvent plus atteindre. Identification à l’agresseur, disait-il. Le mot est resté. On ne l’a jamais vraiment appliqué aux peuples. C’est dommage, parce qu’il décrit avec précision ce qui arrive à certaines sociétés quand elles n’ont pas pu juger leurs anciens maîtres. Elles finissent par les réélire, sous d’autres visages. Pas parce qu’elles les aiment — parce qu’elles n’ont plus assez d’énergie psychique pour les reconnaître. Reconnaître coûte, demande de soutenir l’idée que quelque chose de monstrueux a eu lieu et n’a pas été puni, d’admettre que les institutions qui devaient protéger n’ont pas protégé, que les archives qui devaient témoigner ont brûlé, que les noms qui devaient être prononcés ne le seront jamais. C’est trop. Le seuil d’activation nécessaire à cette reconnaissance dépasse ce que le corps social peut produire. Alors le corps social fait ce que fait n’importe quel organisme épuisé : il baisse le seuil. Il accepte ce qui se présente, vote pour celui qui promet de ne plus rien remuer. Sofia, donc. Et derrière elle, Bucarest peut-être, et Bratislava déjà, et d’autres villes qu’on n’a pas encore vues s’allumer. Une géographie de la fatigue. Une carte de l’Europe où les couleurs ne sont plus celles des alliances diplomatiques mais celles des seuils — bas, plus bas, dangereusement bas.
Ce qui rend Sofia singulière, c’est sa totalité. Quarante-cinq ans d’un appareil de surveillance qui était parmi les plus serrés du bloc, parce que la Bulgarie était parmi les plus alignées. Pas un foyer de dissidence à l’allemande, pas une intelligentsia tchèque qui aurait préparé Charte 77. Une obéissance presque sans interruption, sans héros, sans Solidarność. Et puis novembre 1989, et puis trois semaines pendant lesquelles on a brûlé ce qu’il fallait brûler, classé ce qu’il fallait soustraire, recyclé qui il fallait recycler. Les hommes en costume gris sont devenus des hommes en costume sombre. Les services sont devenus des entreprises. Les lignes téléphoniques qui passaient par Moscou ont été redirigées par Vienne. Mais les conversations sont restées les mêmes, et les voix aussi.
Pour qu’une lustration soit possible, il faut une société qui veuille la lustration. Il faut un peuple qui ait la force de regarder. Il faut des intellectuels qui posent la question, des magistrats qui acceptent le risque, des journalistes qui n’ont pas peur. Tout cela existait en Bulgarie en 1990, mais en quantité insuffisante pour franchir le seuil. Et ceux qui auraient pu l’organiser ont été achetés, isolés, ou simplement épuisés un par un dans la longue décennie qui a suivi. Ce n’est pas qu’on a triché — c’est que la fatigue a gagné.
Et maintenant, le retour. Pas un coup d’État, pas un putsch, pas même une rupture visible. Juste un général souriant, un parti né en quelques mois, une majorité absolue qui n’avait pas été vue depuis 1997 — et tout autour, doucement, sans bruit, les anciens visages qui réapparaissent. À tel ministère un consultant. À tel conseil d’administration un vice-président. À telle fondation un président d’honneur. La carte se redessine sans qu’aucun nom ne soit prononcé publiquement. Les réseaux ne reviennent pas au pouvoir : ils n’en étaient jamais sortis. Ce qui revient, c’est leur visibilité — et encore, à peine.
Comment se nomme cette maladie collective ? On n’a pas encore le mot juste. “Captation” est trop technique. “Régression” est trop psychanalytique. “Dérive” est trop douce — ça suggère un courant lent, alors qu’il s’agit plutôt d’un sommeil profond dont on ne sait plus si quelqu’un nous bercera assez fort pour qu’on en sorte.
On pourrait l’appeler le “seuil de Sofia”, comme on dirait la “cécité de Lima” ou la “mélancolie de Lisbonne”. Le seuil au-dessous duquel un peuple n’a plus la force d’identifier ce qui revient. Le seuil au-dessous duquel les anciens visages ne sont plus reconnus comme anciens, simplement comme rassurants — parce qu’ils sont familiers, et que dans l’épuisement, le familier se confond avec le bon.
Ce seuil n’est pas bulgare. Il est slave, il est balkanique, il est probablement européen tout court — simplement il s’exprime à Sofia avec une netteté particulière parce que les conditions historiques s’y trouvent réunies de la manière la plus pure. Une dictature longue, une transition bâclée, une mémoire empêchée, et un général souriant qui arrive au bon moment.
Il y a une phrase de Imre Kertész qui revient souvent à l’esprit ces jours-ci. Il l’a écrite à propos de Budapest, mais elle vaut pour Sofia, pour tant de villes d’Europe centrale et orientale : “celui qui n’a pas su donner forme à sa douleur la subira sous la forme que d’autres voudront bien lui imposer”. Donner forme, c’est nommer, juger, écrire. C’est confier à des institutions le soin de porter ce que la mémoire individuelle ne peut pas porter seule. Quand cela n’a pas été fait, la douleur ne disparaît pas — elle se transmet. Elle passe des grands-parents aux petits-enfants en sautant la génération du milieu, qui était trop occupée à survivre pour transmettre quoi que ce soit. Et un jour, les petits-enfants, sans savoir pourquoi, votent pour un général qui leur rappelle quelque chose qu’ils n’ont jamais vécu.
C’est cela, peut-être, qu’il faudrait commencer à étudier sérieusement. Une psychiatrie qui ne s’arrêterait pas à la frontière du sujet. Une clinique qui prendrait au sérieux les seuils collectifs, les fatigues partagées, les retours du refoulé à l’échelle des nations. Pas pour soigner — on ne soigne pas les peuples — mais pour nommer. Pour donner aux choses leur nom au moment où elles arrivent, pendant qu’il est encore temps de les voir.

À Sofia ce soir, il fait probablement doux. Le printemps dans les Balkans a quelque chose de tendre qu’on ne soupçonne pas. Les terrasses sont pleines, les jeunes gens rient, la vie continue. Quelqu’un, quelque part, a sorti d’un tiroir un dossier qu’il pensait ne plus jamais avoir à ouvrir. Quelqu’un, ailleurs, a reçu un appel téléphonique d’un numéro qu’il n’avait plus composé depuis longtemps. Ces choses ne se voient pas. Elles ne se filment pas. Elles ne font pas la une.
Mais elles sont en train d’arriver.
Et c’est précisément parce qu’elles n’ont pas de visage qu’il faudra, désormais, leur en chercher un.
Yavor DELCHEV
le 22 avril 2026
BIBLIOGRAPHIE COMMENTEE
I. Identification à l’agresseur et trauma
Ferenczi, S. (1933 [1932]). Confusion de langue entre les adultes et l’enfant. Le langage de la tendresse et de la passion. In Psychanalyse IV. Œuvres complètes, t. 4, Paris, Payot, 1982, pp. 125-135.
– La référence centrale de l’article. Conférence lue au congrès de Wiesbaden en septembre 1932, d’abord rejetée par la communauté psychanalytique, publiée en anglais seulement en 1949. Ferenczi y introduit formellement la notion d’*identification à l’agresseur* : l’enfant traumatisé, « hypnotiquement transi » par la volonté de l’adulte, introjecte ce dernier — l’agresseur cesse d’être extérieur pour devenir intra-psychique. Mécanisme décrit en deux temps par la littérature secondaire : d’abord automatique et organismique, puis défensif et actif. C’est le pivot théorique qui te permet le saut à l’échelle collective : un peuple qui, n’ayant pas pu juger ses anciens maîtres, finit par introjecter leurs manières.
Ferenczi, S. (1985). Journal clinique (janvier-octobre 1932). Paris, Payot.
– À citer pour toute discussion qui veut restituer l’épaisseur clinique du concept — les notes du 14 février 1932 notamment, sur les « issues possibles aux expériences extrêmes ».
Freud, A. (1936). Le Moi et les mécanismes de défense. Paris, PUF (trad. 1949).
– Reprise du concept sans mention de Ferenczi, alors « tombé en disgrâce ». L’écart entre les deux lectures — Ferenczi (introjection traumatique, masochique) vs Anna Freud (mécanisme de défense ordinaire) — vaut d’être signalé : c’est la version d’Anna Freud qui a circulé dans la psychanalyse institutionnelle, tandis que la version ferenczienne, plus radicale, reste la plus féconde pour penser les sociétés post-totalitaires.
Frankel, J. (2002). « Exploring Ferenczi’s concept of identification with the aggressor: Its role in trauma, everyday life, and the therapeutic relationship. » Psychoanalytic Dialogues, 12(1), 101-139.
– Relecture contemporaine.
II. Deuil empêché et psychanalyse du collectif
Mitscherlich, A. & Mitscherlich, M. (1967). Die Unfähigkeit zu trauern. Grundlagen kollektiven Verhaltens.* Munich, Piper. Trad. angl. : The Inability to Mourn: Principles of Collective Behavior, New York, Grove Press, 1975.
– Référence “absolument incontournable”. Les Mitscherlich appliquent la psychanalyse à l’Allemagne de l’après-guerre et diagnostiquent une incapacité collective à faire le deuil — non pas de Hitler comme personne, mais de Hitler comme “idéal du moi collectif”. Défense maniaque, dé-réalisation du passé nazi, blocage de l’empathie. Ta phrase « un travail psychique qu’on n’a jamais commencé » est exactement dans leur lignée. Citation clé mobilisable : « Ce n’est qu’après un travail sur son passé qu’une nation peut apprendre de son histoire, briser la compulsion de répétition et effectuer les changements sociaux nécessaires. »
Moser, T. (1992). « Die Unfähigkeit zu trauern. Hält die Diagnose einer Überprüfung stand? » Psyche, 46(5), 389-405.
– Relecture critique 25 ans après. Moser juge que le ton analytico-pédagogique des Mitscherlich a paradoxalement empêché l’auto-reconnaissance qu’il prétendait susciter — les « coupables » auraient eu besoin d’empathie pour rompre avec leur passé. À convoquer si tu veux nuancer le modèle allemand et ne pas le transposer mécaniquement au cas bulgare.
Volkan, V. D. (2001). « Transgenerational transmissions and chosen traumas: An aspect of large-group identity. » Group Analysis, 34(1), 79-97.
– Concept de “chosen trauma” : traumatisme historique qu’un grand groupe garde actif comme marqueur identitaire, et qui se transmet de génération en génération.
Volkan, V. D. (2004). Blind Trust: Large Groups and Their Leaders in Times of Crisis and Terror. Charlottesville, Pitchstone.
– Volkan y analyse comment, en période de régression collective, les grands groupes « choisissent » des leaders qui incarnent leurs mécanismes de défense partagés.
III. Mémoire, oubli, transmission
Kertész, I. (1975 [1997 pour la trad. française]). Être sans destin (Sorstalanság). Trad. C. Zaremba et N. Zaremba-Huzsvai, Arles, Actes Sud.
Kertész, I. (1992). Gályanapló [*Journal de galère]. Trad. française : Actes Sud, 2010.
Kertész, I. (2023). Le Spectateur. Notes 1991-2001. Trad. française, Actes Sud.
– Les années 1990 en Europe centrale et orientale vues par un écrivain qui refuse la réconciliation facile. Utile pour varier les citations et éviter la surcitation d’”Être sans destin”.
Ricœur, P. (2000). La Mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris, Seuil.
– Pour adosser philosophiquement la dialectique « oubli imposé / souvenir empêché » que tu poses d’emblée. Voir en particulier la troisième partie (« La condition historique ») et les pages sur “l’oubli commandé” et “l’amnistie comme amnésie institutionnelle” — applicables presque mot pour mot à la transition bulgare.
IV. Transition bulgare, lustration, archives de la Sûreté d’État
Ragaru, N. (2010). « Les dossiers de la Sûreté d’État bulgare : le communisme dans les pliures du temps. » Revue des études slaves, 81(2-3), 203-225.
– La référence française de fond. Ragaru y analyse finement le paradoxe de la loi bulgare de décembre 2006 ouvrant les archives de la “Dăržavna sigurnost” (DS) — votée par un Parlement à majorité socialiste (ex-communiste), au moment où les controverses sur le communisme avaient cessé de dominer le débat public. La loi “ne comporte aucune mesure lustrative”, simplement la possibilité pour un élu de se retirer pour éviter la divulgation. C’est exactement ton « seuil de Sofia » documenté institutionnellement.
Metodiev, M. (2008). Машина за легитимност: ролята на Държавна сигурност в комунистическата държава [Une machine à légitimer : le rôle de la Sûreté d’État dans l’État communiste ]. Sofia, Institut d’études sur le passé récent.
– Ouvrage de référence bulgare sur la DS comme institution totale.
Kristeva, J. (2018). « La Bulgarie, l’Europe post-totalitaire et moi. » Marianne , 7 septembre 2018. Repris sur kristeva.fr.
– Texte personnel mais analytiquement précis sur le mécanisme : 1° les services fabriquent un dossier ; 2° la Commission de lustration le « jette sur la voie publique » sans analyse ni préavis ; 3° une presse occidentale peu rigoureuse relaie.
Stan, L. (éd.) (2009). Transitional Justice in Eastern Europe and the Former Soviet Union: Reckoning with the Communist Past. Londres, Routledge.
Daskalov, R. (2011). Debating the Past: Modern Bulgarian History from Stambolov to Zhivkov. Budapest, CEU Press.
– Pour l’arrière-plan historiographique — la manière dont la Bulgarie se raconte à elle-même, y compris ses trous.
V. TDAH, seuils d’activation, fatigue
Zentall, S. S., & Zentall, T. R. (1983). « Optimal stimulation: A model of disordered activity and performance in normal and deviant children. » Psychological Bulletin, 94(3), 446-471.
– Le modèle de stimulation optimale — le noyau théorique qui permet de parler de « seuil d’activation » en TDAH, déplacés ici à l’échelle collective.
Sergeant, J. A. (2005). « Modeling attention-deficit/hyperactivity disorder: A critical appraisal of the cognitive-energetic model. » Biological Psychiatry, 57(11), 1248-1255.
– Le modèle cognitivo-énergétique : état d’activation, effort, allocation de ressources. Directement transposable métaphoriquement à ce qui est décris comme « fatigue » d’un corps social — et métaphoriquement seulement.
VI. Pour une psychiatrie des collectifs
Fanon, F. (1961). Les Damnés de la terre. Paris, Maspero. (Voir en particulier « Guerre coloniale et troubles mentaux ».)
– Modèle historique d’une clinique qui ne s’arrête pas au sujet individuel. Fanon observe le trouble mental comme symptôme d’une situation coloniale, pas comme défaillance privée. Référence matricielle pour ta proposition finale d’une « psychiatrie qui ne s’arrêterait pas à la frontière du sujet ».
Devereux, G. (1970). Essais d’ethnopsychiatrie générale. Paris, Gallimard.
– Fondation méthodologique de l’ethnopsychiatrie — l’articulation rigoureuse du psychique et du culturel sans réductionnisme. Évite à ta proposition finale de ressembler à une métaphore élargie : Devereux a pensé les conditions épistémologiques d’un tel geste.
Roudinesco, É. (1999). Pourquoi la psychanalyse ?* Paris, Fayard.
– Utile pour la défense, plus polémique, de l’intervention psychanalytique sur le champ politique — utile si tu choisis *L’Évolution Psychiatrique* plutôt que *Psychopathology*.
Kaës, R. (2012). Le Malêtre. Paris, Dunod.
– Psychanalyse du lien et du collectif ; Kaës théorise les « pactes dénégatifs » — accords inconscients entre les membres d’un groupe pour ne pas savoir ce que tout le monde sait. C’est exactement le dispositif que tu décris avec ta pièce fermée à clé. Référence française contemporaine, qui sonnera bien pour *L’Évolution Psychiatrique*.
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